Réaction à la chronique de Sylvain Charlebois intitulée «Nos producteurs laitiers gaspillent énormément» publiée le 18 novembre. La réaction des PLQ a été acheminée à La Presse également le 18 octobre.
Sylvain Charlebois affirme que depuis 2012, il s’est jeté 6 milliards de litres de lait au Canada, et ce, en se basant sur une étude qu’il a lui-même réalisée. D’emblée, nous n’adhérons pas à sa méthodologie. Lui-même reconnait souvent qu’une grande partie de ses conclusions sont tirées à partir d’estimations et d’extrapolations qui examinent le « rendement laitier annuel moyen par vache en lactation » en se basant sur les vaches les plus productives. Cette approche a pour effet de surestimer de façon importante les données.
Il n’y a surtout pas de logique à ce qu’avance M. Charlebois. Selon ses chiffres, les producteurs se seraient privés de près de 5 milliards de dollars de revenus pour du lait qui aurait pu être ramassé et vendu. Le prix du lait aux producteurs au Canada est déterminé par une formule d’indexation basée sur l’IPC et le coût de production du lait. Jeter du lait n’a pas pour effet de faire monter son prix, mais prive les producteurs d’un revenu. Le coût de production du lait est celui de chacun des litres produits. Donc, jeter du lait aurait pour effet de réduire le coût de production, mais sans récolter de revenu associé, ce qui est invraisemblable. En outre, 7 % du lait des producteurs serait produit strictement dans le but de le jeter, laissant 5 milliards de dollars de revenu sur la table. Ça ne tient pas la route!
Les producteurs travaillent depuis des décennies avec un modèle sous gestion de l’offre, ils sont habitués d’étaler les vêlages et d’assurer une production qui soit la plus constante possible. Le confort des animaux, la ventilation et la stabilité de l’alimentation ont hautement contribué à réduire les fluctuations de production. D’autres stratégies permettent d’ajuster, lorsque requis, la production aux besoins du marché, sans mener à la disposition de lait.
En ajustant, par exemple, l’alimentation ou en amorçant le processus de tarissement des vaches plus tôt que prévu, il est possible de réduire la production à la ferme. Malgré cela, nous avons toujours eu une politique qui permet aux producteurs de produire plus ou moins que leur quota de lait. L’important est d’équilibrer la production sur le moyen terme. C’est ce qu’on appelle la flexibilité du quota. Chaque producteur a la possibilité de varier sa production pour l’équivalent de 25 jours. Cette politique lui permet de faire face aux variations de production et de voir son lait ramassé et payé au moment où il est produit, malgré les aléas de la production et de la saisonnalité. Une politique qui est publique et qui, malheureusement, n’a pas été prise en considération par les auteurs.
Un écart entre le lait produit et le lait ramassé peut s’expliquer notamment par le fait que lorsque des vaches sont malades, on doit les soigner et que leur lait ne peut être commercialisé pour la durée du traitement. D’autres raisons justifient l’élimination du lait, telles que des ruptures imprévues dans la chaîne de production, comme des tempêtes ou des grèves. Nous sommes d’ailleurs en demande depuis plusieurs années auprès des gouvernements pour que des mesures législatives soient adoptées pour éviter que les producteurs aient à faire les frais des conflits de travail dans les usines de transformation. Toutefois, il s’agit de circonstances exceptionnelles, les quantités de lait sont marginales et n’ont rien avoir avec les volumes avancés par M. Charlebois. Dans de telles circonstances, tous les efforts sont déployés pour donner aux banques alimentaires pour lesquelles, M. Charlebois le reconnaissait d’ailleurs sur les ondes de certaines radios, les producteurs de lait québécois sont les plus importants donateurs.
Nous trouvons déplorable qu’une discussion aussi sensible que le gaspillage alimentaire soit lancée sur la base d’une hypothèse non validée et d’une analyse peu rigoureuse. Les lecteurs méritent mieux.
Geneviève Rainville, agroéconomiste et directrice générale
Les Producteurs de lait du Québec
Autres réponses dans les médias :
15 octobre – Radio 98.5 FM – Entrevue avec Daniel Gobeil – Des milliards de litres de lait jetés? « C’est très loufoque ». Écoutez l’entrevue
16 octobre – Journal La Tribune – Étude sur le lait jeté | Une œuvre de «fiction», répliquent les producteurs laitiers – Lire l’article
17 octobre – La presse canadienne – La perte de lait au Québec est «minime», selon l’Union des producteurs agricoles. Lire l’article
18 octobre – TVA – Mario Dumont – Entrevue de Geneviève Rainville – Des milliards de litres de lait jetés aux poubelles – Écoutez l’entrevue à 36:55