Un équilibre à préserver

La position nationale sur le prix du lait aura été prise sous le signe de l’équilibre. L’équilibre entre la nécessité de couvrir le coût de production qui est sous pression avec la hausse des taux d’intérêt ainsi que notre souhait que le lait demeure un produit accessible et à la base de l’alimentation de la population. En tant qu’organisation, nous devons être à l’écoute. C’est d’ailleurs notre double rôle, à la fois syndical, mais aussi comme responsable de la mise en marché du lait.

Les producteurs laitiers ont une relation étroite avec la population et les consommateurs. Qu’il s’agisse du programme de dons de lait aux banques alimentaires ou des actions pour répondre aux attentes sociétales, mais aussi dans l’appui au développement des produits et l’innovation des produits laitiers que les consommateurs chérissent. Selon Statistique Canada, en 2021, 14 % des achats des ménages à l’épicerie ont été dédiés aux produits laitiers et aux oeufs. Cette présence à la base alimentaire témoigne de l’appréciation des consommateurs, mais aussi de la chance que nous avons d’occuper une place aussi précieuse dans l’alimentation de la population. Par ailleurs, on apprenait dans le Bilan-Faim que 1 Québécois sur 10 a eu recours aux banques alimentaires durant la dernière année. C’est énorme et c’est au gouvernement d’assurer le filet social de la population.

Cette position équilibrée a aussi été prise en tenant compte de la pression importante liée aux taux d’intérêt. Il était donc essentiel que ce report ne soit pas une annulation de l’application de la formule. On le sait, depuis 2022, les taux d’intérêt explosent, ce qui exerce chaque mois une pression supplémentaire sur nos fermes. S’ajoute à cette pression, l’inflation qui touche les dépenses d’exploitation.

C’est donc en voulant concilier ces deux réalités – le pouvoir d’achat plus limité des consommateurs et la santé financière des fermes laitières – qu’il a fallu prendre une décision en dehors des approches habituelles. En tentant de protéger simplement notre revenu, nous aurions envoyé le message que nous sommes coupés de la réalité des consommateurs. Cela dit, refuser simplement une hausse n’aurait pas été acceptable, connaissant les défis financiers des fermes. Reporter la hausse de quelques mois nous permet le meilleur compromis.

Notre message aux consommateurs, aux gouvernements et à la filière est clair : nous faisons notre part pour lutter contre l’inflation alimentaire dont souffrent de trop nombreuses personnes, parfois même dans nos entourages.

En revanche, les producteurs sont tout de même en droit d’attendre que leurs revenus progressent, ce qui sera le cas au 1er mai 2024. Après tout, nous nous sommes dotés d’une formule qui tient compte des coûts de production et de l’inflation pour fixer notre prix. Le report, espérons-le, permettra à la hausse du revenu des producteurs de se faire lorsque la spirale inflationniste, notamment dans le domaine alimentaire, se sera estompée.

Parce qu’il ne faut pas oublier qu’en plus de l’inflation, les producteurs laitiers et agricoles subissent de nombreuses pressions auxquelles nous devons faire face et pour lesquelles nous sommes en droit de compter sur le soutien des gouvernements. Pensons à l’adaptation au nouveau code de pratiques, à la résilience face aux changements climatiques, au poids réglementaire et bureautique qui pèse sur nos épaules, ou encore simplement à la protection de nos terres et du territoire agricoles. Les gouvernements devront faire preuve de vision et être cohérents dans leurs décisions pour que notre secteur soit en mesure de relever ces défis.

Quant à nous, nous continuerons d’être innovants et audacieux pour les relever. Avec cette annonce de la CCL, nous démontrons que nous sommes prêts à faire notre part, sans pour autant céder sur l’augmentation nécessaire de notre revenu.

SignatureDanielGobeil

 

Daniel Gobeil, président

Télécharger l’éditorial