Et maintenant : l’ACEUM

Après de nombreuses années à nous battre pour les compensations, nous avons accueilli favorablement l’annonce du calendrier de paiement pour les sommes promises en raison des parts de marché concédées dans le cadre de l’Accord économique et commercial global (AECG) et du Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). Des paiements directs, étalés sur 3 ans plutôt que 7. Pour l’année 2020-2021, ce sont 468 millions de dollars (M $) qui sont distribués aux producteurs de lait canadiens, dont 172 M $ réservés pour les producteurs du Québec.

Nous sommes déjà nombreux à avoir complété le processus d’inscription au programme administré par la Commission canadienne du lait. Les autres ne doivent pas tarder, car la date limite est le 31 mars pour recevoir un versement cette année. La marche à suivre pour recevoir son paiement se trouve dans la lettre d’Agriculture et Agroalimentaire Canada postée en janvier.

Les chèques reçus nous permettent d’absorber une partie des pertes résultant des concessions faites dans l’AECG et le PTPGP. Mais cela ne met pas fin à notre bataille pour des compensations justes et entières, puisqu’aucune annonce formelle n’a encore été faite au sujet des pertes liées à l’ACEUM. Les compensations sont un baume pour nos entreprises laitières, mais chacun d’entre nous aurait préféré produire à sa ferme le 8,4 % du marché canadien qui a été concédé dans les trois derniers accords.

Rappelons que l’accord conclu avec les Américains et les Mexicains prévoit un accès additionnel de 100 000 tonnes de produits laitiers, soit l’équivalent d’environ 3,9 % du marché canadien. Ces répercussions s’additionnent aux modifications apportées à notre politique laitière pour respecter les éléments de l’accord et au plafonnement des exportations de poudre de lait écrémé et concentrés protéiques, qui génèrent d’importants coûts additionnels.

L’ACEUM est en vigueur et les dommages se font déjà sentir alors que le lait américain prend la place qui lui est maintenant réservé sur notre marché. Ces parts, cédées au profit de l’économie de nos voisins, sont concrètes et ont des répercussions sur nos fermes et l’économie canadienne.

À maintes reprises, le gouvernement Trudeau s’est engagé à indemniser pleinement et équitablement le secteur laitier pour les effets cumulés des derniers accords commerciaux, dont l’ACEUM. En septembre dernier, cet engagement a été répété dans le discours du Trône et réitéré, noir sur blanc, dans la lettre de mandat de la ministre Bibeau en janvier 2021.

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Les concessions font non seulement pression sur nos familles, mais elles créent aussi un contexte d’incertitude qui limite notre capacité à réinvestir dans nos fermes et dans nos régions. Ce sont des milliers d’emplois qui sont liés à notre secteur, des millions en retombées économiques.

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La lettre mentionne qu’elle doit mettre en oeuvre de façon prioritaire « les travaux visant à ce que les secteurs soumis à la gestion de l’offre reçoivent une indemnisation pleine et équitable à la suite des accords commerciaux conclus récemment ». Nous comprenons donc qu’il s’agit d’un engagement à réaliser avant la fin du présent mandat.

Nous sommes conscients que la gestion de la crise de la COVID-19 entraine des défis majeurs et sans précédent pour le gouvernement canadien actuellement. Tous les producteurs laitiers du pays sont d’ailleurs solidaires dans cette crise historique. Plus que jamais dans cette période d’incertitude, nos gouvernements et la population sont éveillés à l’importance de l’autonomie alimentaire qui passe de facto par la production d’ici, par et pour des gens d’ici. C’est une question de sécurité alimentaire intérieure.

La crise de la COVID-19 a eu et continuera longtemps d’avoir des impacts financiers importants sur différents secteurs, dont l’industrie laitière. Dans notre cas, ces pertes financières s’ajoutent à celles subies par les accords commerciaux, qui demeureront en place à perpétuité. Les concessions font non seulement pression sur nos familles, mais elles créent aussi un contexte d’incertitude qui limite notre capacité à réinvestir dans nos fermes et dans nos régions. Ce sont des milliers d’emplois qui sont liés à notre secteur, des millions en retombées économiques.

Le gouvernement libéral minoritaire présentera bientôt son budget 2021-2022, probablement en mars. Les rumeurs d’élections après la présentation du budget sont d’ailleurs persistantes. À l’annonce de novembre, la ministre Bibeau a dit vouloir s’assoir rapidement avec nous pour régler cette portion de leur engagement. Le gouvernement doit envoyer un signal clair de soutien au secteur laitier le plus tôt possible. Nous avons besoin de stabilité et de prévisibilité, éléments bien au coeur de la réussite de nos entreprises, afin de continuer à assurer la sécurité alimentaire de nos concitoyens.

 
SignatureDanielGobeil

 

 

 

Daniel Gobeil, président

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